Étudier à Londres : le visa étudiant et le budget réel
Depuis le Brexit, un étudiant français paie le tarif international et non le tarif britannique, et cette seule ligne change l’arithmétique de tout le projet. Viennent ensuite trois dates déjà inscrites dans les textes, qui décident de ce que tu paies, du temps que tu peux rester, et de la façon dont tu peux partir.
Tu vis en France et tu veux étudier à Londres, en licence, en master ou en doctorat. Il te faut les règles de visa exactes, et un chiffre honnête sur ce que l’année va réellement coûter, avant de t’engager.
- Le Brexit t’a fait basculer dans le tarif international. Là où un étudiant britannique paie des frais plafonnés à quelques milliers de livres, un étudiant français paie le tarif étranger, couramment 27 000 à 38 000 £ par an à Londres, et bien davantage en médecine.
- Le visa exige de prouver que tu détiens une somme précise : 1 529 £ par mois pour 9 mois maximum à Londres, soit 13 761 £, détenus pendant 28 jours consécutifs. Le 30 novembre 2026, ce montant passe à 1 570 £ par mois, soit 14 130 £.
- Le chiffre du Home Office est un seuil, pas un budget. Il correspond à peu près au seul loyer d’une chambre à Londres, où la résidence étudiante moyenne atteint déjà près de 295 £ par semaine.
- Tu peux travailler 20 heures par semaine pendant les périodes de cours au niveau licence et au-delà, mais tu n’as pas le droit d’être à ton compte. Pour un étudiant français habitué au statut d’auto-entrepreneur, c’est cette interdiction qui piège.
- Deux dates décident de la valeur de tout le projet : demander le Graduate route au plus tard le 31 décembre 2026 donne 2 ans de travail après le diplôme ; à partir du 1er janvier 2027, ce sera 18 mois. À cette même date, le Royaume-Uni réintègre Erasmus+.
La ligne qui change tout : tu es désormais un étudiant étranger
Avant 2021, un étudiant français à Londres payait ce que payait un étudiant britannique. Les frais étaient plafonnés, les aides britanniques accessibles, et la décision de traverser la Manche portait surtout sur le cursus. Ce monde a disparu, et son remplaçant coûte cher.
Les ressortissants de l’Union ont perdu le statut de frais britanniques pour les cursus commencés après août 2021. On te facture le tarif étranger, que les universités fixent librement. À Londres, cela signifie couramment 27 000 à 38 000 £ par an pour une licence ou un master enseigné, avec des filières cliniques bien plus hautes : la médecine et l’odontologie dépassent 60 000 £ par an dans certains établissements londoniens. Les frais britanniques plafonnés, eux, avoisinent 9 790 £ pour une entrée en 2026. Sur une licence de trois ans, cet écart n’est pas un détail : c’est le prix d’un appartement.
Les exceptions existent mais sont étroites. Tu peux encore relever du tarif britannique si tu détiens le statut settled au titre de l’EU Settlement Scheme avec la durée de résidence exigée, si tu es citoyen irlandais, ou par certaines situations familiales. Le statut pre-settled seul ne suffit généralement pas. Le statut de frais s’apprécie dossier par dossier, par chaque université : la seule démarche sûre est donc de faire confirmer ton statut par écrit au service des admissions avant d’accepter l’offre.
Le visa étudiant, pas à pas
La chaîne est rigide et chaque maillon a son propre délai.
- L’admission, puis le CAS. Ton université, qui doit être un établissement agréé, émet un Confirmation of Acceptance for Studies : non pas un document papier, mais une référence dans le système du Home Office. Il doit être émis depuis moins de 6 mois au moment de ta demande, et il porte ton cursus, tes frais et ce que tu as déjà réglé.
- L’anglais. Il te faut le niveau B2 pour un cursus de niveau licence et au-delà, dans les quatre compétences. Une université qui parraine un cursus de ce niveau peut évaluer ton anglais elle-même, et c’est pourquoi un baccalauréat français ou un certificat de Cambridge est souvent accepté à la place d’un test officiel. En dessous, c’est B1 et un test agréé. La France ne figure pas sur la liste des pays dispensés.
- La demande. Tu peux déposer jusqu’à 6 mois avant le début du cursus depuis l’étranger. Le délai d’instruction normal est de 3 semaines. Un service payant plus rapide existe, environ 500 £ en prioritaire et 1 000 £ en super prioritaire, mais sa disponibilité dépend du lieu de dépôt : n’en fais pas la clé de ton calendrier.
- Ce que tu reçois. Depuis le 1er juillet 2026, le Home Office ne colle plus de vignette dans les passeports des nouveaux demandeurs : tu obtiens un eVisa. Tu crées un compte UKVI, et tu prouves ton statut avec un share code valable 90 jours, que te réclameront un bailleur ou un employeur.
Deux formalités qui inquiètent les candidats français ne te concernent pas. L’ATAS, l’autorisation pour les matières sensibles, dispense les ressortissants de l’Union, France comprise. Le test de tuberculose n’est exigé que pour une courte liste de pays, dont aucun en Europe occidentale. Et l’enregistrement auprès de la police a été supprimé en août 2022, quoi qu’en dise un vieux blog ou une page d’université non mise à jour.
Ton autorisation dépasse le cursus lui-même : pour un cursus de 12 mois ou plus, tu obtiens 1 mois avant le début et 4 mois après la fin. Ce sont ces quatre mois qui rendent possible la demande d’après-diplôme sans rupture de droit.
La règle des 28 jours, là où naissent la plupart des refus
Voici le passage à lire deux fois, parce qu’il est mécanique et sans indulgence. Tu dois prouver que tu détiens, en plus des frais de scolarité non réglés :
- Londres : 1 529 £ par mois de cursus, dans la limite de 9 mois, soit 13 761 £.
- Hors Londres : 1 171 £ par mois, dans la limite de 9 mois, soit 10 539 £.
Et l’argent doit se tenir : il doit rester sur un compte éligible pendant 28 jours consécutifs sans jamais passer sous le seuil un seul jour, et le solde de clôture doit dater de moins de 31 jours avant le dépôt. Manque l’une des deux conditions et la demande tombe sur l’arithmétique, pas sur ton mérite.
Ce qui compte : relevés bancaires, certificat de dépôt, attestation d’un établissement financier régulé, lettre de prêt étudiant datant de moins de six mois, ou lettre d’un financeur officiel. Ce qui ne compte pas : une autorisation de découvert, des actions, des cryptomonnaies, une épargne retraite. Deux déductions sont admises et souvent oubliées : les frais de scolarité déjà payés réduisent la somme à prouver, et un dépôt versé à l’université pour son propre logement peut être déduit à hauteur d’un mois de maintenance.
Les ressortissants d’une quarantaine de pays sont dispensés de fournir ces preuves d’emblée. La France n’en fait pas partie : un candidat français fournit le dossier complet à chaque fois.
Ce que coûte le visa lui-même
Indépendamment des frais de scolarité et du coût de la vie, le Home Office te facture deux fois : des frais de dossier, et une surtaxe santé payée d’avance pour toute la durée de ton autorisation.
- Frais de visa étudiant : 558 £ depuis l’étranger, et autant pour prolonger ou changer de statut depuis le Royaume-Uni.
- Surtaxe santé (IHS) : 776 £ par an au tarif étudiant, qui t’ouvre l’accès au NHS dans les mêmes conditions qu’un résident.
La surtaxe porte sur ton autorisation, pas sur ton cursus. Prends le cas courant du master d’un an à Londres : l’autorisation couvre 12 mois, plus 1 avant, plus 4 après, soit 17 mois, ce qui tombe dans la tranche « plus d’un an et jusqu’à 18 mois », donc une année pleine et une demie : 1 164 £. Avec les frais de dossier, cela fait 1 722 £ à régler avant même d’atterrir, en plus du reste. À budgéter comme de la trésorerie, pas comme une variable d’ajustement.
Le budget réel, et pourquoi le chiffre officiel trompe
Voici la comparaison honnête qu’aucune brochure ne fait. Le Home Office te demande de prouver 1 529 £ par mois. Or la chambre moyenne en résidence étudiante à Londres coûte déjà environ 295 £ par semaine, soit près de 13 600 £ par an, et 14 % de ces chambres dépassent 20 000 £ par an. Autrement dit, la somme que le visa te demande de prouver correspond à peu près au seul loyer, avant d’avoir mangé quoi que ce soit.
Un mois d’étudiant londonien réaliste se situe entre 1 400 et 2 000 £ une fois comptés le loyer, les courses, les transports et un peu de vie sociale, le loyer en absorbant soixante à soixante-dix pour cent. Les résidences universitaires font souvent mieux que le marché privé, et une colocation plus excentrée fait mieux que les deux, au prix d’un trajet plus long : c’est exactement l’arbitrage que notre guide des quartiers sert à trancher.
Trois leviers déplacent vraiment le chiffre :
- La council tax. Un logement où tout le monde est étudiant à temps plein en est exonéré. Mélange un seul non-étudiant et l’exonération tombe à une réduction de 25 %, à la charge du foyer. Ce n’est jamais automatique : cela se demande, certificat de scolarité à l’appui.
- Les transports. La carte 18+ Student Oyster retire 30 % sur les abonnements, ce qui pèse sur un mensuel zones 1 et 2, et se règle dès la première semaine.
- La durée du bail. Le logement étudiant se vend souvent sur 51 semaines quand ton cursus en dure 40. Payer onze semaines de loyer sur une chambre vide est l’un des surcoûts évitables les plus fréquents d’une première année.
Côté français, les aides ne disparaissent pas : la bourse sur critères sociaux peut être maintenue pendant des études à l’étranger, et l’aide à la mobilité internationale est ouverte à ceux qui en bénéficient. Interroge tôt le service des relations internationales de ton établissement français, car ces décisions suivent un calendrier qui n’a rien à voir avec le calendrier britannique.
Travailler pendant ses études, et l’interdiction qui piège les Français
À partir du niveau licence et avec un établissement conforme, tu peux travailler 20 heures par semaine pendant les périodes de cours et à temps plein en dehors, y compris après la fin du cursus tant que ton autorisation court. En dessous de ce niveau, c’est 10 heures.
Viennent ensuite les interdictions, et l’une d’elles compte énormément ici : tu ne peux pas être à ton compte. Pas de facturation en indépendant, pas d’entreprise enregistrée, pas d’équivalent du statut d’auto-entrepreneur. Pour un étudiant français dont l’auto-entreprise est la façon naturelle de gagner un complément, c’est la condition la plus souvent enfreinte, et l’enfreindre met ton autorisation en jeu. Tu ne peux pas davantage exercer comme sportif ou artiste professionnel, ni occuper un poste permanent à temps plein. En revanche, être élu à temps plein d’un bureau étudiant est expressément autorisé, jusqu’à deux ans.
Vingt heures par semaine au tarif londonien courant couvrent réellement les courses, les transports et la vie sociale. Elles ne couvrent pas un loyer londonien. Construis le financement sans le travail, et laisse le travail améliorer l’année plutôt que la sauver.
Après le diplôme : la falaise du 1er janvier 2027
Le Graduate route te permet de rester travailler, sans employeur qui te parraine et sans promesse d’embauche, et il autorise le travail indépendant, cette liberté que tu n’avais pas comme étudiant. Sa durée est sur le point de changer, et la règle tient à une date, pas à un cursus :
- demande déposée au plus tard le 31 décembre 2026 → 2 ans ;
- demande déposée à partir du 1er janvier 2027 → 18 mois ;
- les docteurs conservent 3 ans dans les deux cas.
Il coûte 937 £, plus la surtaxe santé au tarif plein de 1 035 £ par an : la réduction étudiante ne se reporte pas. Tu dois être au Royaume-Uni au moment de la demande, et ton université doit avoir déjà signalé la réussite de ton cursus, ce qu’elle fait à son propre rythme. Il se demande une seule fois, ne se prolonge pas, et surtout ne mène pas en lui-même à un droit de séjour permanent : c’est une piste d’envol pour décrocher un poste parrainé, pas un chemin vers l’installation définitive.
Erasmus+ revient, et les règles sont déjà écrites
Voici la pièce que presque personne ne relie. Après un accord politique conclu le 17 décembre 2025, le Royaume-Uni réintègre Erasmus+ à compter du 1er janvier 2027, après en être sorti en 2021. Les modalités précises se règlent encore entre la Commission et les États membres.
Ce qui rend la chose crédible plutôt qu’annonciatrice, c’est que la plomberie migratoire britannique est déjà posée. Un texte modificatif du 3 septembre 2026, entré en vigueur le 8 octobre 2026, a ouvert le visa étudiant aux cursus Erasmus+ en dessous du niveau licence habituellement exigé, et a dispensé les participants Erasmus+ des plafonds qui limitent la part de stage dans un cursus. Les règles ont été amendées avant le retour du programme, ce qui en dit long sur le sérieux de la préparation.
Concrètement : si tu vises un échange court plutôt qu’un diplôme complet, le calcul peut changer à partir de 2027, et il vaut la peine de demander à ton établissement français ce qu’il compte signer. Si tu vises un diplôme complet à Londres, rien de tout cela ne change tes frais : Erasmus+ finance la mobilité, il n’achète pas le statut de frais britanniques.
Les pièges
- Budgéter sur les frais britanniques. La page publique des frais n’est pas la tienne. Fais confirmer ton statut par écrit avant d’accepter.
- Laisser le solde descendre. Un seul jour sous le seuil pendant les 28 jours annule la preuve. Vire l’argent, puis n’y touche plus.
- Un solde de clôture périmé. Le relevé doit dater de moins de 31 jours avant la demande, et il vieillit pendant que tu rassembles le reste.
- Être à cheval sur le 30 novembre 2026. La somme exigée augmente ce jour-là : dépose avant si ton dossier est prêt.
- Prendre des missions en indépendant. Le travail à son compte est purement interdit sous visa étudiant, quelles que soient tes habitudes françaises.
- Croire qu’un master enseigné permet de faire venir son ou sa partenaire. Seuls le doctorat, la recherche et les cursus financés par un gouvernement le permettent.
- Attendre pour demander le Graduate route. Six mois d’autorisation peuvent tenir à un seul jour et à la vitesse de déclaration de ton université.
- Signer 51 semaines pour un cursus de 40. Demande la formule « période de cours » avant de signer.
- Oublier l’exonération de council tax. C’est une demande à faire, pas un droit qui s’applique tout seul.
Ton plan, en aperçu
Raisonne à rebours depuis la rentrée. Fais confirmer ton statut de frais, puis obtiens l’admission, puis le CAS. Compte 28 jours d’épargne intouchée avant le jour où tu comptes déposer, et place cette fenêtre avant le 30 novembre 2026 si tu le peux. Prévois trois semaines d’instruction avant ton vol, et considère le service accéléré comme une chance, pas comme un plan. Vient ensuite la semaine d’arrivée : compte bancaire, inscription chez un médecin, exonération de council tax, carte Student Oyster. Et si le Graduate route est dans ton horizon, inscris sa date dans ton calendrier dès l’inscription. C’est sur cette quinzaine d’arrivée que Veia prend le relais : la chambre, la banque, le médecin et l’exonération de council tax posés sur ta date d’arrivée, dans l’ordre qui fonctionne vraiment, avec un rappel avant chacun.
Questions fréquentes
Les étudiants français paient-ils encore les mêmes frais que les Britanniques ?
Non, et c’est le plus gros changement depuis le Brexit. Les ressortissants de l’Union ont perdu le statut de frais britanniques pour les cursus commencés après août 2021 : un étudiant français paie donc désormais le tarif étranger. Les exceptions sont étroites : le statut settled avec la durée de résidence requise, les citoyens irlandais, et quelques cas familiaux. Fais confirmer ton statut de frais par écrit avant d’accepter une offre, car il s’apprécie dossier par dossier.
Quelle somme dois-je prouver pour le visa étudiant ?
Pour un cursus à Londres, 1 529 £ par mois de cours dans la limite de neuf mois, soit 13 761 £, plus les frais de scolarité encore dus selon ton CAS. L’argent doit rester sur un compte éligible pendant 28 jours consécutifs sans jamais passer sous ce seuil, et le solde de clôture doit dater de moins de 31 jours avant la demande. À partir du 30 novembre 2026, le montant mensuel passe à 1 570 £.
Puis-je travailler pour financer mes études ?
En partie. À partir du niveau licence, tu peux travailler 20 heures par semaine pendant les périodes de cours et à temps plein pendant les vacances, mais tu ne peux pas être à ton compte, ni exercer comme sportif ou artiste professionnel, ni occuper un poste permanent à temps plein. Vingt heures au tarif londonien couvrent les courses et les transports, pas un loyer londonien : le travail est un complément, pas un plan de financement.
Puis-je venir avec mon ou ma partenaire ?
En général non. Pour les cursus commencés depuis janvier 2024, seuls les doctorats et les diplômes de recherche, ou les cursus financés par un gouvernement et durant plus de six mois, ouvrent droit à faire venir sa famille. Un master enseigné d’un an n’y donne pas droit, quoi qu’en laisse penser la brochure de l’université.
Combien de temps puis-je rester travailler après mon diplôme ?
Le Graduate route donne deux ans si tu déposes au plus tard le 31 décembre 2026, et dix-huit mois à partir du 1er janvier 2027 ; les docteurs conservent trois ans. Tu dois être au Royaume-Uni et ton université doit avoir confirmé la réussite de ton cursus. C’est une autorisation unique, non renouvelable, et elle ne mène pas en elle-même à un droit de séjour permanent.